Lumière tamisée, bougies

une calme effervescence

aussitôt arrivé, croquer dans une mandarine

et se noyer dans ses effluves revigorantes

voir un monsieur, une dame, tout autour, imiter

personne n’ose jamais être le premier à se servir

sourire complice

tout autour des inconnus

et quelques visages familiers

impression de déjà-vu

en cachette, les musiciens font déjà chauffer leur guitare

tandis que des artistes dessinent sur plan incliné

et les organisatrices qui saluent et s’activent de toute part

l’air de rien.

 

« Fais de ta vie un rêve et de ton rêve, une réalité »

tagué sur un mur, ces mots de St-Exupéry

dans un coin une mappemonde

suspendu au plafond, un ventilateur sur pied qui tourne absurdement

il règne un joyeux désordre parfaitement agencé

petit à petit le monde afflue

et la rumeur enfle

bribes de conversation

alors la foule dessine un cercle

et le discours commence.

 

Écoute attentive

enthousiasme silencieux

et comme un animal qui se réveille

après une salve d’applaudissement

la foule reprend son chant organique

tandis qu’au loin déjà on entend un air de Django et Grappelli

on est à Lausanne en 2017

et simultanément dans le Paris des années 1930

le Hot Club de France s’invite pour déguster aussi son morceau de panier.

 

Sur les panneaux inclinés des illustrateurs

une main aux ongles vernis tient une poignée d’orchidées

dont l’une semble se muer en papillon

un panier de basket surplombe un cerveau

et des visages cubiques et surréalistes prennent forme et nous dévisagent.

 

Ça sent le humus et la térébenthine

on se fait « Santé »

on se fait la bise

on se dit « Salut, ça va ? »

on se dit « On s’est déjà vu non ? »

et on hoche la tête

on fait semblant, mais avec sincérité

on se dit « Bon allez chéri(e), on s’inscrit ? »

on refait « Santé »

on redit « Salut, ça va ? »

et on se sourit.

« Le meilleur c’est les flûtes. Elles sont terribles. »

On se glisse vers les tables pour attraper de petites bouchées

et on se dit « chalut, cha va ? »

et les minutes s’égrènent.

 

La soirée file imperceptiblement

on regarde encore les dessins qui continuent de prendre forme

et on repense à cette phrase de Lavoisier

qu’on a tous entendue en cours de chimie :

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

Et on pense à Rimbaud et à son Alchimie du verbe

et on est là à gribouiller dans son coin à l’abri des regards

et on se dit qu’il est temps d’arrêter de se la péter avec ses références

qu’on en a pas besoin sans doute au fond pour dire

qu’ici grâce à une poignée de belles et fringantes jeunes femmes

quelque chose est en train de naître

quelque chose est en train de se transformer

et qu’elles n’avaient même pas besoin de boue

pour faire jaillir de l’or.

 

Arthur Brügger, 26 janvier 2017, 18h-20h

Texte écrit durant la soirée de lancement du Panier culturel

 

« Tu m’as donné de la boue et j’en ai fait de l’or » (C. Baudelaire)